Les Landes en 1940

Les Landes en 1940

Texte introductif sur les contours du sujet et son approche locale.

De la mobilisation à l’armistice

La déclaration de guerre entraîne :

  • la mobilisation,
  • un renforcement de la sécurité intérieure avec :
    • une surveillance accrue des « étrangers indésirables », des pacifistes, antimilitaristes et communistes,
    • la mise en place de camps d’internement ou de regroupement.

Alors que les « repliés » alsaciens-lorrains sont arrivés dans les Landes dès le mois d’août 1939, rejoints par des repliés d’autres secteurs, l’offensive allemande en mai 1940 provoque l’exode de Belges, Luxembourgeois et Français du nord et leur accueil dans le sud-ouest.

L’armistice est conclu le 22 juin, la défaite entraînant une grande masse de prisonniers de guerre.

Les français métropolitains sont internés dans des Stalags en Allemagne. Dans les Landes sont ouverts des Frontstalags pour les prisonniers « indigènes » c’est-à-dire issus des colonies.

Dès le 25 juin, Les troupes allemandes arrivent très rapidement jusqu’à la frontière espagnole.

Les débuts de l’occupation

La ligne de démarcation : le département est découpé par la convention d’armistice en trois zones :

  • A l’est, la zone libre comprend cinq cantons (Aire-sur-l’Adour, Geaune, Grenade-sur-l’Adour, Villeneuve-de-Marsan et Gabarret) ainsi qu’une partie des cantons de Roquefort, Mont-de-Marsan, Saint-Sever, Hagetmau, Amou.
  • La zone occupée est constituée de 18 cantons et la partie ouest des cinq cantons traversés par la ligne de démarcation.
  • La zone interdite est limitée à l’ouest par la côte, au nord et au sud par les limites du département et à l’est « par une ligne brisée passant par les communes suivantes : Sanguinet, Parentis-en-Born, Pontenx-les-Forges, Onesse, Lesperon, Castets, Magescq, Saint-Geours de Maremne, Saubusse et suivant le cours de l’Adour jusqu’au confluent du gave de Pau et de l’Adour. Cette ligne passe à l’ouest du chef-lieu des communes précitées à l’exclusion de l’agglomération de Pontenx-les-Forges qui se trouve en zone interdite » (lettre du préfet aux maires des Landes, 28 octobre 1941.)

La ligne de démarcation traverse donc le département des Landes et perturbe la vie de ses habitants car son tracé ne tient pas toujours compte des limites des communes. Une vingtaine d’entre elles, dont Mont-de-Marsan, sont coupées en deux.

AD40, 328W45

Le 10 juillet, l’Etat français, le « régime de Vichy », succède à la IIIème République. Les fonctionnaires et les élus trop marqués « Front Populaire » sont écartés. Très rapidement la surveillance et la répression de ces derniers, mais aussi des communistes, des francs-maçons, des étrangers, des républicains espagnols et des juifs s’accentue.

Dès le 22 juillet, on révise les naturalisations et le 3 octobre le premier statut des juifs voit le jour.

Parmi les aspects de la vie courante, on se soucie des prisonniers de guerre, de l’entretien des réfugiés et du ravitaillement. Les chantiers de jeunesse sont organisés.

Le service de l’occupation est mis en place pour gérer les relations avec les autorités allemandes, suivre les nombreuses réquisitions et les récurrentes demandes de fournitures diverses. La surveillance du territoire amène le développement des services de police, ceux des renseignements généraux et leur collaboration avec les compagnies de gendarmerie qui doivent surveiller les trafics de marchés noirs, gérer les incidents entre civils et soldats allemands et à partir de 1942 les premiers actes de résistance.

En parallèle aux services préfectoraux, restés largement modérés, s’installent des organismes beaucoup plus collaborationnistes, comme celui de la propagande, et des partis tels le PPF (Parti Populaire Français) et autres.

Dans le domaine économique la charte du travail est promulguée le 4 octobre 1941, instaurant les corporations et dissolvant les syndicats.

La naissance des mouvements de résistance dans les Landes

Il convient de distinguer les mouvements de résistance des réseaux. En effet, les mouvements sont des groupements de résistance intérieure, nés et développés spontanément, sans intervention extérieure. Les réseaux sont des groupements de résistance créés et animés par des agents de la France Libre ou anglais.

Face à l'occupation et au pouvoir pétainiste, la Résistance landaise est longue à se mettre en place. Il faut attendre l'année 1943 pour voir émerger des mouvements ou des réseaux structurés à l'échelle de tout le département.

La division du département en une zone occupée à l'est et une " Zone libre " à l'ouest a sans doute un rôle important dans ces difficultés. En effet, jusqu'en 1943, la circulation dans le département est particulièrement difficile de part et d'autre de la ligne de démarcation. En " Zone occupée ", la présence massive des forces armées allemandes pour surveiller une région d'une grande importance stratégique rend longtemps difficile la constitution de réseaux de résistance, tandis que dans la zone libre, la population n'est que plus lentement mobilisée contre l'occupant.

Toutefois, les premiers noyaux d'opposants à la présence allemande et au régime collaborationniste naissent dès les premiers mois de l'occupation. Ainsi, dès août-septembre 1940, un premier groupe informel s'organise à Dax, autour de Camille Bouvet, de Pierre Sentucq et de Léonce Dussarrat, le futur " Léon des Landes ".

À leur suite, d'autres petits groupes similaires se forment également à Parentis-en-Born, Aire-sur-l'Adour, Samadet et Mont-de-Marsan. Ces premiers groupes réunissent de petits cercles de personnalités d'horizons divers.

Dans les premiers temps, ces petits noyaux se consacrent pour l'essentiel à une activité de renseignement, aidés par des agents des services secrets anglais, l'Intelligence Service, parachutés en France, et notamment dans le département.

Parallèlement, les anciens réseaux de la S.F.I.O. dans le département, et particulièrement chez les syndicalistes, sont mobilisés pour constituer des petits mouvements dans les P.T.T., les chemins de fer et les administrations.

L’essentiel des premiers groupes ou réseaux naît dans la partie du département occupée.

Les militants communistes, eux, se trouvent dans une situation particulière au moment de la défaite de l'armée française. Ayant soutenu le traité germano-soviétique, signé le 23 août 1939, le Parti communiste français et ses organisations ont en effet été dissous le 26 septembre, et, en octobre, les parlementaires communistes sont arrêtés.

André Moine, principal dirigeant communiste des Landes et des Basses-Pyrénées est ainsi contraint de quitter la région, avant d'être arrêté le 30 août 1939, à Oléron, puis interné dans différents camps de prisonniers, en France et en Afrique du Nord. Georges Lassalle, ancien maire de Boucau, est quant à lui arrêté le 9 novembre 1940, à Tarbes, puis interné à Gurs. Du fait de la répression qui s'abat sur lui depuis la fin de l'année 1939, le P.C.F., déjà faible dans les Landes, est rapidement décimé et désorganisé.

De plus, dans le département, le pôle de l'implantation communiste correspond à la région de Boucau-Tarnos, qui est en zone occupée. Pourtant, malgré la répression des autorités françaises puis allemandes, et malgré les errements de la politique soviétique et de la direction du parti, de premiers embryons de Résistance communiste voient le jour dès le mois de juin 1940.

Quelques tracts, imprimés clandestinement à Mont-de-Marsan et à Carcen-Ponson, sont ainsi distribués dans le sud du département.

Après ces premières actions extrêmement limitées, l'organisation communiste commence à se reconstruire dans l'illégalité. De premières réunions clandestines ont ainsi lieu à Boucau et à Tarnos, autour d'un petit cercle de militants se retrouvant au café " Ayute ". Rapidement, ils peuvent constituer les premiers " triangles " de direction qui servent de base à l'organisation clandestine du parti.

Jean Paillé, ancien secrétaire de la mairie de Tarnos et de l'UD C.G.T. des Landes, exclu de ses fonctions suite à son soutien au pacte germano-soviétique et entré dans la clandestinité, joue un rôle essentiel dans cette reconstruction, car il est parvenu à maintenir le lien avec la direction du parti. C'est à son initiative que le premier responsable politique régional est ainsi dépêché dans la zone occupée des Landes et des Basses-Pyrénées pour mettre en place le premier triangle de direction. Celui-ci est composé de René Duprat (" Désiré ") d'Anglet, de Clément Laborde (" César ") de Mouguerre et de Marthe Glize de Boucau.

Autour de cette nouvelle structure s'organisent les premières actions d'envergure menées par la Résistance communiste. En novembre 1940, une distribution de tracts est ainsi organisée aux Forges de l'Adour par un groupe des Jeunesses communistes d'Anglet-Biarritz, rapidement suivie d'une seconde, quelques semaines plus tard.

Les réseaux clandestins de transfert en Espagne, qui ont déjà permis aux communistes d'apporter leur soutien aux républicains espagnols, sont également réactivés, permettant aux militants menacés, puis aux réfractaires des chantiers de la jeunesse et du S.T.O., de fuir. Plus de 1 000 personnes franchissent ainsi la frontière par voie terrestre dans la région de Ciboure ou par la mer au départ de Bayonne.

Sources 

  • Cédérom de l’AERI, La Résistance dans les Landes – 2008.
  • www.histoiresocialedeslandes.fr
  • Texte liste des sources – Archives départementales des Landes.
  • La lettre de la Fondation de la Résistance – septembre 2019.
AD40, 328 W 45 Zone libre et zone occupée dans les Landes La résistance communiste