Aux origines de la police scientifique, de Paris jusqu'aux Landes
Aux origines de la police scientifique, de Paris jusqu'aux Landes
Nouvelle exposition gratuite, à partir du 16 octobre 2026
Adaptation d’une exposition nationale « La science à la poursuite du crime : Alphonse Bertillon, pionnier des experts policiers », conçue par Pierre Piazza, Maître de conférences en sciences politiques à CY Cergy Paris Université, l’exposition « Aux origines de la police scientifique, de Paris jusqu’aux Landes » vous plonge au cœur d’un roman d’enquête au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
Dans une atmosphère reprenant les codes de la Belle Époque, la scénographie vous transporte aux côtés de la gendarmerie dans les campagnes où résonnent les pas des fins limiers, dans une forêt landaise où chaque craquement semble ouvrir une piste dans les enquêtes, un salon bourgeois où l’on murmure des secrets, un laboratoire où la lumière blanche révèle l’invisible…
Venez découvrir des documents rares, issus de collections personnelles et des archives de la Préfecture de police de Paris, de la Gendarmerie, des prisons et tribunaux landais, ainsi que de très belles pièces d’époque et contemporaines, rarement présentées au public (appareils photographiques, mallettes d’outils et d’instruments de recueils d’indices, chaise « anthropométrique », pièces à conviction, etc.).
Exposition conçue sous le commissariat scientifique de Pierre Piazza, en partenariat avec Criminocorpus, le Service régional de police technique et scientifique et le musée de la Préfecture de police de Paris ; réalisée avec la participation du Groupement de Gendarmerie départementale et de la Direction départementale de la police nationale des Landes.
Modalités d’accueil
Horaires
du lundi au vendredi, de 8h30 à 17h30 (le vendredi jusqu’à 17h).
Entrée libre. Tous publics (à partir de 8 ans).
Des audioguides ainsi qu’un livret jeu d’enquête sont mis à votre disposition pour une visite immersive et en toute autonomie.
Vous souhaitez venir visiter l’exposition en groupe ?
Les Archives vous accueillent les mercredis ou vendredis après-midi à partir de 14h pour des visites guidées de groupes (associations, EHPAD, CCAS, comités d’entreprise, etc.).
20 personnes maximum
Renseignement et réservation obligatoire au 05 58 85 75 20 ou sur le site des Archives.
Cycle de conférences et d’animations associées
à retrouver dans la programmation culturelle des Archives départementales ou sur le site internet dans la rubrique actualités.
En attendant de venir visiter l'exposition ...
En attendant l’ouverture de l’exposition à l’automne 2026, regardez ces vidéos d’annonce qui lèvent quelques mystères sur des crimes landais…
À partir des années 1880, apparaît en France sous la IIIe République un nouveau dispositif d’identification des personnes et d’analyse d’indices infinitésimaux. Marquant la naissance de la police scientifique, il est conçu et mis en œuvre à la Préfecture de police de Paris par le premier « expert » : Alphonse Bertillon.
Cette « révolution » prend forme à une époque durant laquelle la lutte contre les délinquants et criminels récidivistes devient une priorité pour les autorités. Au tournant du XIXe et du XXe siècle, le fait divers criminel se voit aussi accorder une place grandissante par une presse à grand tirage en plein essor dont il nourrit quotidiennement les colonnes. Ces phénomènes reflètent les angoisses d’une société en même temps qu’ils contribuent à ériger la question de l’efficacité policière en enjeu politique majeur.
Ci-contre : Photographie d’Alphonse Bertillon au milieu de certaines de ses inventions.
Appareil de photographie signalétique, « fiche parisienne » d’identification, tiroir de classement utilisé pour constituer les fichiers anthropométriques, fin XIXe - début XXe siècle.
Archives de la Préfecture de police de Paris, YB1
Qu’en est-il de la diffusion concrète du « bertillonnage » dans les Landes dont localement les journaux ne manquent pas de souligner l’importance ? Après un premier ancrage au sein de l’administration pénitentiaire landaise, les archives révèlent une transformation progressive mais durable des pratiques des forces de l’ordre, en particulier à partir de 1907 lorsque sont créées les « brigades mobiles » par Georges Clémenceau.
À côté des changements qui affectent la façon dont les enquêtes policières sont menées, les Landes connaissent un mouvement général de renforcement du contrôle de l’État sur certaines populations qui touche tout le pays. S’appuyant sur les techniques bertillonniennes de fichage, ce processus commence alors à faire naître de vifs débats ayant trait au subtil équilibre qu’il convient d’instaurer entre impératifs de sécurité et préservation de droits fondamentaux dans un régime démocratique.
Ci-contre : Couverture de L’Assiette au Beurre « Faits divers », dessinée par Maurice Radiguet, 8 septembre 1906. Coll. particulière de Pierre Piazza.
Sommaire
- Alphonse Bertillon démasque les criminels
- Mensurer les corps pour les faire parler, l’anthropométrie judiciaire
- La preuve par l’image, de face et de profil
- Le portrait parlé, un signalement « scientifique »
- L’affaire Dreyfus, un expert en écritures ?
- Traces, indices et scènes de crime, exploiter l’infinitésimal
- Populations sous surveillance, l’extension du contrôle social
- Caricaturé ! Sous le feu des critiques
- Quelques grandes affaires landaises
- Un modèle pour les polices du monde entier, les prémices d’Interpol
- Enquêter dans les Landes : science, police et gendarmerie aujourd’hui
Alphonse Bertillon démasque les criminels
À partir des années 1880, apparaît en France sous la IIIe République un nouveau dispositif d’identification des personnes et d’analyse d’indices infinitésimaux.
Alphonse Bertillon (1853-1914) intègre en 1879 la Préfecture de police de Paris comme simple employé et entreprend d'élaborer un système inédit de classement s'appuyant surtout sur une quinzaine de mensurations osseuses réalisées sur le corps humain.
AD 40, 2 U 315
Archives de la Préfecture de police de Paris, 180 W 30
Mensurer les corps pour les faire parler, l’anthropométrie judiciaire
Tout individu arrêté par la police dans la capitale et ses environs est désormais précisément « mensuré » à l’aide de nouveaux instruments (toises, compas d’épaisseur, pieds à coulisse, etc.) et d’un vocabulaire spécifique permettant la confection de « fiches parisiennes ».
Les registres de la prison de Mont-de-Marsan attestent la diffusion de circulaires précises édictées à partir de 1885.
Archives de la Préfecture de police de Paris, YB 5
Service régional de police technique et scientifique de Paris
Ce texte concerne l’obligation de transmettre les signalements anthropométriques à la direction de l’administration pénitentiaire. AD 40, 2 Y 3
AD 40, 4 M 57
Archives de Bordeaux Métropole, Bordeaux 65 M 3
La preuve par l’image, de face et de profil
La photographie ne devient véritablement « judiciaire » qu’avec Bertillon. En 1888, il fait aménager un atelier spacieux et fonctionnel qui jouxte les locaux parisiens où sont effectuées les mensurations anthropométriques. Il repense et codifie les méthodes, instruments et pratiques de la police afin de pouvoir confectionner, en respectant un strict protocole, un nouveau type de portrait face/profil au format normalisé.
Service régional de police technique et scientifique de Paris
Archives de la préfecture de Police de Paris, YB 12
Archives de la préfecture de Police de Paris, YB 12
AD 40, 4 M 58
Elle l'informe qu’après des recherches réalisées à sa demande au service parisien de l’Identité judiciaire, le dénommé Uhart a bien été signalisé sous le nom de Dominique Dubart dit Huard et qu’il a fait l’objet, de plusieurs arrestations.
AD 40, 2 U 307
Coll. particulière de Pierre Piazza.
Le portrait parlé, un signalement « scientifique »
Alphonse Bertillon distingue les personnes comme un botaniste classe les plantes, suivant leurs caractéristiques physiques, soigneusement renseignées. Chaque élément de leur visage est observé, décomposé et décrit à l’aide d’un langage composé de vocables concis et d’abréviations uniformes
Coll. particulière de Pierre Piazza
Service régional de police technique et scientifique de Paris
Comportant ses mensurations anthropométriques, ses empreintes digitales et une description de ses traits morphologiques, cette fiche est écrite à l’aide du vocabulaire employé par Alphonse Bertillon pour rédiger le « portrait parlé » des individus signalisés.
AD 40, 2 U 302
Service régional de police technique et scientifique de Paris
AD 40, 2 Y 141
Coll. particulière de Pierre Piazza
Coll. particulière de Pierre Piazza
L’affaire Dreyfus, un expert en écritures ?
En 1895, le service parisien de l’Identité judiciaire se dote d’un « Laboratoire d’Identification graphique ». En 1894, il se voit confier l’expertise d’un fameux « bordereau » : les fragments d’une correspondance censée prouver les faits d’espionnage (l’envoi de documents secrets à l’Empire allemand) dont est accusé le capitaine Alfred Dreyfus.
Archives départementales de la Gironde, 6 Fi 1680 (4 M 431)
Archives nationales, BB/19/101
Traces, indices et scènes de crime, exploiter l’infinitésimal
Avec Bertillon, la police s’oriente vers la collecte et l’interprétation d’une grande quantité de traces : digitales, palmaires, plantaires, d’outils, etc. Détecter, révéler et analyser ces traces permet au service parisien de l’Identité judiciaire d’ériger la preuve indiciaire en preuve scientifique absolue pour confondre les criminels. Il œuvre aussi à la rationalisation de la « gestion » des scènes de crime.
Service régional de police technique et scientifique de Paris
Archives de la Préfecture de police de Paris, YB8
Archives de la Préfecture de police de Paris, D3U
Le document fait état du signalement de ce « récidiviste dangereux ».
AD 40, 2 U 263
AD 40, 2 U 272
AD 40, 2 U 327
AD 40, 1538 W 7
Archives de la Préfecture de police de Paris, 230W
Populations sous surveillance, l’extension du contrôle social
Appliqué au sein du service parisien de l’Identité judicaire pour s’assurer de la véritable identité des délinquants et criminels récidivistes, le bertillonnage est très vite mobilisé à d’autres fins.
L’identification des populations ambulantes devient un enjeu politique majeur. En décembre 1907, Georges Clémenceau crée douze « brigades régionales de police mobile » implantées sur l’ensemble du territoire.
Celle-ci est relative à la surveillance des étrangers et à l’établissement des feuilles signalétiques.
AD 40, 4 M 179
Archives de la Préfecture de police de Paris, YB 2
Archives de la Préfecture de police de Paris, YB 4
Ce texte indique aussi que le département des Landes dépend de la résidence de Bordeaux, Paris, 5 septembre 1911.
AD 40, 4 M 23
AD 40, 4 M 58
AD 40, 4 M 59
AD 40, 4 M 62
Caricaturé ! Sous le feu des critiques
Si le bertillonnage contribue à construire un imaginaire glorifiant les performances d’une police devenue technico-scientifique, il fait aussi l’objet, en particulier dans la presse quotidienne à grand tirage, de discours critiques et satiriques qui en pointent les limites et abus. On doute du sérieux de certaines expertises de Bertillon qui conduisent la justice à condamner injustement des innocents.
Coll. particulière de Pierre Piazza
Coll. particulière de Pierre Piazza
Coll. particulière de Pierre Piazza
Quelques grandes affaires landaises
Loin des plus grandes affaires, souvent parisiennes, les crimes perpétrés dans les Landes renseignent sur les mœurs de la Belle Époque dans ce département essentiellement rural. Dans les campagnes, ils relèvent très fréquemment de conflits de voisinage ou familiaux, d’actes crapuleux, de vols ou de règlements de compte.
AD 40, 1 Fi 5390
Étienne Bordus, ouvrier forestier, est accusé d’avoir commis un homicide volontaire sur Jeanne Lafourcade, aubergiste, à Saint-André-de-Seignanx et un vol, le 7 juillet 1930.
AD 40, 2 U 321
Archives de la Préfecture de police de Paris, Y B 37
AD 40, 1538 W 8
AD 40, 2 U 265
Extraite du dépliant photographique réalisé par l’inspecteur photographe du Service régional d’Identification judiciaire de Bordeaux.
AD 40, 1538 W 8
AD 40, 2 U 315
Elle l'informe que Jacinto Jimenez et José Curiel se trouveraient dans les Landes sous de fausses identités et qu’ils pourraient faire l’avis de recherches dans les scieries ou les exploitations forestières du département, Sabres, 19 mai 1924.
Archives départementales de la Gironde, 1493 W 222
Un modèle pour les polices du monde entier, les prémices d’Interpol
Le bertillonnage suscite rapidement un grand intérêt à l’étranger où le service parisien de l’Identité judiciaire s’impose comme un modèle de rationalité et d’efficacité. Il contribue à transformer en profondeur les savoirs, les méthodes et les modes d’intervention des forces de l’ordre pour les faire accéder à l’infaillibilité et au progrès.
Coll. particulière de Pierre Piazza
Archives de la Préfecture de police de Paris, DB 47
AD 40, 1 Y 3
Enquêter dans les Landes : science, police et gendarmerie aujourd’hui
Les policiers et gendarmes landais chargés de l’identification criminelle s’inscrivent résolument dans la continuité des méthodes fondées au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles par Alphonse Bertillon, dont les photographies face-profil sont toujours en vigueur, et par Edmond Locard qui s’est, lui aussi, tout particulièrement intéressé à deux types d’indices.
On ne peut aller et revenir d'un endroit, entrer et sortir d'une pièce, sans apporter et déposer quelque chose de soi, sans emporter et prendre quelque chose qui se trouvait auparavant dans l'endroit ou la pièce.
Direction départementale de la police nationale des Landes
Gendarmerie nationale, Groupement de gendarmerie départementale des Landes